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Prendre un poste de manager pour la première fois n’est jamais un geste anodin. C’est un choix qui la plupart du temps va considérablement impacter une carrière.

Et pourtant, partout, on nous propose des raccourcis. LinkedIn, YouTube, podcasts : des listes de gestes, des check-lists, des vidéos de cinq minutes. Dire bonjour, écouter, déléguer, organiser un point hebdomadaire. Comme si l’essentiel pouvait se résumer à quelques routines.

Chez Parti Pris, nous ne pouvons que saluer l’intention. Il faut diffuser la culture managériale et il convient de proposer une sensibilisation pour tous ceux qui prennent ce rôle.

Mais attention : le management ne peut pas se réduire à une compilation de « tips ». Ramener cette fonction à des gestes de surface, c’est risquer de la vider de sa substance — et de trahir ce qu’elle représente vraiment.

Devenir manager, c’est franchir un seuil.

C’est entrer dans un monde qui a ses codes, ses repères, ses exigences silencieuses. Une sorte de discipline ancienne, une confédération humaine faite d’équilibres subtils, d’épreuves, de progrès invisibles.

On y entre en pratiquant, en assumant, en échouant, en se relevant, souvent sur le temps long.

Tout cela est bien éloigné de la notion de lecture rapide.

Manager, c’est apprendre à naviguer dans la complexité.

Arbitrer entre des objectifs contradictoires. Concilier le goût pour le genre humain et la performance de l’organisation.

Faire grandir ses collaborateurs tout en restant comptable des résultats.

Décider quand il faut trancher, ou au contraire attendre.

Mesurer les conséquences de chaque action.

Porter un pouvoir qui engage et qui pèse.

Un grand pouvoir engendre de grandes responsabilités.

Cette phrase de Spiderman, souvent citée à la légère, retrouve ici toute sa gravité.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : d’un pouvoir donné, non pour diriger, mais pour répondre — répondre des autres, répondre du sens, répondre du réel.

Ce chemin ne s’apprend pas en cochant des cases.

C’est une maturation lente, faite d’erreurs, de retours, de réajustements.

C’est une construction intérieure où l’on forge son autorité dans la compétence, la justesse, la constance — jamais dans la posture.

Chaque expérience y compte : les réussites comme les erreurs, les moments de doute comme les décisions assumées.

Les organisations ont ici une responsabilité majeure. Trop souvent, elles veulent aller vite.

Elles promeuvent à la hâte, sans préparation.

Elles confient des équipes à des managers novices, sans formation ni soutien.

Elles substituent à l’accompagnement réel une accumulation de contenus courts et séduisants.

Elles parlent d’efficacité mais créent, en réalité, de la fragilité.

Résultat : des managers qui reproduisent des gestes mécaniques, sans jamais saisir la portée humaine, symbolique et stratégique de leur rôle.

Des managers épuisés d’essayer d’être « bons », sans qu’on leur ait vraiment expliqué ce qu’on attend d’eux.

Si l’on veut que le management joue son rôle véritable — faire converger performance et développement humain — il faut le considérer comme une discipline à part entière, à travailler dans la durée, avec exigence, exigence, et encore exigence.

Cela suppose du temps, du retour d’expérience, du mentorat, de la confrontation bienveillante, la création de communautés de pratiques. Rien de superficiel. Rien de rapide. Rien de purement digital.

Chacun de nous qui a exercé ce rôle le sait : on ne devient pas manager du jour au lendemain.

Il faut des années pour comprendre la portée de ce que l’on fait, pour accepter les paradoxes, pour apprendre à décider sans certitude.

Et ceux qui aujourd’hui pensent « s’en sortir » savent, au fond d’eux, le prix d’une telle transformation.

Le management est bien plus qu’un métier.

Il n’est pas un kit de survie, ni un ensemble de gestes anodins.

C’est une profession — exigeante, complexe, profondément humaine.

Entrer en management, c’est entrer dans cette profession : accepter la responsabilité, le doute, la lenteur, la transformation.

C’est devenir, réellement, ce que le rôle exige : un manager.

Et c’est seulement à ce prix que la promesse du management — mettre le pouvoir au service de la responsabilité — pourra être tenue.

Eugénie et Jean-Marc – Parti Pris

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